Sylvie Larimore de Lara
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Guanacolía: préface

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​Une clef inattendue

Marianne Tell menait une vie paisible à Paris, au Ministère de la Culture. Mais un jour, elle reçoit de La Havane un paquet et rien ne sera plus comme avant.

C’est que des pans essentiels de sa vie ne demandent qu’à faire—ou refaire—surface avec une violence qu’elle était, jusqu'il y a peu, loin de soupçonner.

Guanacolía est le récit de ce voyage primordial qu’une femme entreprend dans les profondeurs de l’intime. Et nous descendons avec elle dans ces profondeurs où tout s’éclaire, peu à peu, d’un jour nouveau.

C’est à une course contre le temps que Marianne se livre, pour défaire la mémoire, la recomposer et se reconstruire.

Mais ira-t-elle jusqu’au bout ? Et aura-t-elle surtout la force de se confronter à ce qu’en d’autres temps il eût mieux valu ignorer ?

Guanacolía est comme un puzzle dont les morceaux épars cherchent désespérément à unir leurs forces pour trouver leur sens.

Lorsque le roman s’ouvre sur une scène parisienne, nous sommes à des lieues de subodorer ce qui nous attend. Nous pressentons que des choses essentielles sont sur le point d’advenir. Mais tout cela est contenu, le roman ne laisse rien transparaître de ce qui se joue dans les arcanes de son histoire à venir.

Marianne va quitter Paris et se rendre au Salvador pour la première fois. Cette plongée dans l’indicible, depuis la guerre, en passant par sa rencontre avec le poète salvadorien qu’elle a aimé dans une autre vie, ne va pas se faire sans laisser de traces.

Marianne n’aura à cœur que de se demander qui elle est. Mais on lira dans ses interrogations, jamais formulées à haute voix, qu’il lui importe également de savoir qui sont les autres. Et en priorité ceux qui l’entourent.

Guanacolía est comme une armoire avec plein de tiroirs où des secrets ont longtemps été gardés. On pensait qu’ils seraient gardés éternellement. Telle était la promesse de cette armoire. Mais une clef inattendue, faisant voler cette promesse en éclats, ouvre cette armoire un jour et des personnages se dressent pour dire, sans fard, mais sans hausser le ton, leur vérité. Des femmes notamment qui ont vécu les dures réalités de la guerre et qui ont survécu à de nombreuses souffrances.

Roman d’une grande générosité, qui n’assène aucune vérité absolue, Guanacolía est un éblouissement de tous les instants où chacun ne parle que pour lui et ne cherche jamais à imposer quoi que ce soit à quiconque.

Mais ce roman qui nous happe, et qu’on ne lâche plus lorsqu’on l’ouvre, est aussi une écriture qui confine par son extrême dépouillement à cette transparence que les écrivains, les vrais, rêvent d’atteindre. Et c’est un ton que Préludes de Debussy et Nocturnes de Chopin accompagnent dans les rues de Paris. Un Paris insolite, revisité par la plume de Sylvie Larimore de Lara, où vivent des hommes et des femmes que l’exil a jetés loin de chez eux et qui s’efforcent de donner un sens à leur vie.

Kebir Ammi
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